Retraite

Retraite : L'entretien de fin de carrière devient obligatoire

La transition entre la vie active et la retraite représente un tournant majeur dans l'existence de chaque salarié. Cette période charnière soulève de nombreuses questions : à quel âge partir ? Comment maintenir son employabilité jusqu'à la retraite ? Faut-il envisager un temps partiel ou une retraite progressive ? 

 

Pour accompagner cette transition souvent délicate, le législateur a instauré un nouvel outil : l'entretien de fin de carrière, désormais obligatoire pour tous les employeurs. Cette mesure, inscrite dans la loi sur les seniors, vise à améliorer les conditions de fin de carrière et à préparer sereinement le départ à la retraite.
 

Un cadre légal précis et contraignant
La loi « Seniors, dialogue social et transitions professionnelles », publiée au Journal officiel en octobre 2025, impose désormais à tous les employeurs de proposer un entretien de fin de carrière à leurs salariés. Ce dispositif s'inscrit dans une politique publique plus large visant à favoriser l'emploi des seniors et à accompagner leur maintien dans l'emploi jusqu'à l'âge de la retraite. Le timing de cet entretien est précisément défini par le Code du travail : il doit se tenir au cours des deux années précédant le 60e anniversaire du salarié.
 

Cette période de deux ans offre une fenêtre temporelle suffisante pour mettre en place des aménagements progressifs si nécessaire, tout en restant proche de l'échéance de la retraite pour que les discussions restent concrètes et pertinentes. L'employeur ne peut pas se soustraire à cette obligation : c'est à lui de prendre l'initiative de proposer cet entretien. Si l'employeur ne le fait pas spontanément, le salarié peut le réclamer et l'entreprise devra s'y conformer. Ce caractère obligatoire traduit la volonté du législateur de systématiser la préparation à la retraite.
 

Il est important de préciser que cet entretien de fin de carrière vient s'ajouter aux autres entretiens professionnels existants, notamment l'entretien professionnel bisannuel obligatoire dans toutes les entreprises. Il ne se substitue pas à ces rendez-vous, mais les complète avec un focus spécifique sur la fin de carrière et la préparation à la retraite.
 

Les objectifs de l'entretien : préparer une transition sereine
L'entretien de fin de carrière poursuit plusieurs objectifs complémentaires, tous orientés vers une meilleure gestion de la dernière phase de la vie professionnelle. Le premier objectif est de faire le point sur la situation professionnelle du salarié : quelles sont ses attentes pour les années à venir ? Souhaite-t-il continuer à temps plein jusqu'à la retraite ou envisage-t-il une réduction progressive de son activité ? Cette phase d'écoute est essentielle pour comprendre les aspirations du salarié.
 

Le Code du travail énumère explicitement plusieurs thèmes que l'entretien doit aborder. Les conditions de maintien dans l'emploi constituent le premier axe : comment garantir que le salarié puisse exercer sereinement son activité jusqu'à la retraite ? Cela peut impliquer des ajustements de poste, une réduction de la charge de travail, ou encore des aménagements ergonomiques. Les possibilités d'aménagement de fin de carrière forment le second axe : passage à temps partiel, télétravail accru, réduction des déplacements, horaires aménagés.
 

Le dispositif de retraite progressive mérite une attention particulière. Ce mécanisme permet au salarié de percevoir une partie de sa pension de retraite tout en continuant à travailler à temps partiel. Il s'adresse aux salariés ayant au moins 60 ans et totalisant 150 trimestres de cotisation. Le salarié peut ainsi réduire progressivement son temps de travail (entre 40% et 80% d'un temps plein) tout en percevant une fraction de sa pension (entre 20% et 60%). Ce dispositif présente plusieurs avantages : il permet d'augmenter le montant final de la pension, de maintenir un lien social avec l'entreprise, et de gérer en douceur la transition vers la retraite complète.
 

Les bénéfices concrets pour le salarié et l'entreprise
Pour le salarié, cet entretien représente une opportunité précieuse d'exprimer ses attentes et ses contraintes. Il constitue un moment privilégié pour aborder des sujets parfois difficiles à évoquer spontanément : fatigue accrue, difficultés à tenir le rythme, souhait de réduire l'activité. L'entretien légitime ces discussions et oblige l'employeur à y apporter des réponses concrètes. Le salarié peut ainsi anticiper sa retraite en toute transparence, sans craindre d'être marginalisé.
 

L'entretien permet également au salarié de mieux comprendre ses droits et les dispositifs à sa disposition. Beaucoup de salariés ne connaissent pas ou mal la retraite progressive, le cumul emploi-retraite, ou les possibilités de rachat de trimestres. L'échange avec l'employeur, éventuellement complété par une information RH ou un accompagnement par un expert retraite, permet de clarifier ces options et d'éclairer les choix du salarié.
 

Pour l'entreprise, l'entretien de fin de carrière présente également des avantages. Il permet d'anticiper les départs à la retraite et de planifier les recrutements ou les transferts de compétences en conséquence. Le dialogue avec le salarié peut révéler des solutions win-win : un passage à temps partiel peut permettre de recruter un junior en binôme pour assurer la transmission des savoirs. L'entretien favorise ainsi une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) plus efficace.
 

Du point de vue de l'image employeur, l'attention portée aux salariés seniors par le biais de cet entretien envoie un signal positif. Elle démontre que l'entreprise se préoccupe du bien-être de ses collaborateurs tout au long de leur parcours. Si l'entreprise ne propose pas spontanément cet entretien, le salarié ne doit pas hésiter à le réclamer : c'est son droit, et l'exercer peut transformer les dernières années de travail en une transition réussie vers la retraite.